NOTE DE LECTURE – « Brown Baby » de FABIENNE JONCA (Par Touhfat Mouhtare)

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 RESUME 

Brown Baby par Jonca

Dans les années 1950, une famille de Noirs américains fuit la ségrégation, dans l’espoir de trouver en France un monde « loin des chagrins et des offenses ». Charly, trompettiste, joue dans les clubs de Saint-Germain-des-Près, pendant que Rosa est murée dans le silence de leur chambre de bonne. Comment s’enraciner dans un sol qui n’est pas le sien ? Sam, leur fils, a soif de ce nouveau monde qui s’ouvre à lui, de la langue française, de la poésie, de la musique, de la peinture et de nouvelles rencontres : Nino, Albert, Jean, Ingrid, Ludwig… Mais des questions se bousculent dans sa tête, depuis toujours. Il s’interroge sur la couleur de sa peau, caramel, miel, différente de celle de ses parents et de sa sœur. Peu à peu Sam se confronte au mystère de sa naissance et découvre un drame qui n’est pas seulement le sien, un drame historique qui a secoué l’existence de sept mille enfants métis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Au rythme du blues et du jazz, Brown Baby, roman de l’exil, témoigne de la violence de ces vies déracinées et disloquées par le racisme.



 TOUHFAT MOUH  :

Touhfat Mouhtare est de celles dont la parole semble naître avant même d’être écrite, comme un souffle ancien revenu des profondeurs de l’océan Indien. Née à Moroni, en 1986, elle porte en elle l’archipel comme une constellation intime : des îles qui parlent, des mémoires qui bruissent, des mythes qui marchent encore dans la poussière des chemins. Elle écrit pour écouter ces voix, pour les rassembler, pour leur offrir un lieu où respirer.

Dans Âmes suspendues, Vert cru, Le Feu du milieu, elle ouvre des passages. Ses livres ne se lisent pas : ils se traversent. Ils appellent, ils invoquent, ils veillent. Ils disent les femmes qui portent le monde, les blessures qui refusent de se taire, les héritages qui brûlent encore sous la cendre. Sa langue est une matière vivante, une eau sombre et lumineuse à la fois, où se mêlent l’histoire, la spiritualité, la mémoire et l’invisible.

Chroniqueuse littéraire — notamment dans Les Lectures de Gangoueus — elle parle des livres comme on murmure une prière ou comme on déplie un secret. Sa voix reconnaît les tremblements, les failles, les élans. Elle sait entendre ce qui, dans un texte, cherche à naître ou à survivre.

Installée aujourd’hui dans le Val-d’Oise, elle poursuit une recherche sur les transmissions orales à l’ère numérique, comme si son œuvre entière cherchait à répondre à une même question : comment les voix anciennes continuent-elles de nous traverser, malgré les ruptures, malgré les silences, malgré le temps.

Touhfat Mouhtare écrit pour que la mémoire ne s’éteigne pas. Elle écrit pour que le feu tienne. Elle écrit pour que les vivants se souviennent qu’ils ne sont jamais seuls.


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