RÉSUMÉ : Roman énigmatique, écrit dans une langue puissante et poétique, Mano, de l’autre bord est à la fois un texte qui parle des identités multiples, une fable sur la difficulté d’être soi dans un monde postcolonial fait d’hybridités et de circulations multiples, où les attentes et les fantasmes de l’autre sont des ponts, des miroirs déformants, parfois des abysses. Mano de l’autre bord dessine des lignes de force de l’histoire contemporaine qui tente de tous emporter dans son courant, sans y parvenir.
TOUHFAT MOUH :
Touhfat Mouhtare est de celles dont la parole semble naître avant même d’être écrite, comme un souffle ancien revenu des profondeurs de l’océan Indien. Née à Moroni, en 1986, elle porte en elle l’archipel comme une constellation intime : des îles qui parlent, des mémoires qui bruissent, des mythes qui marchent encore dans la poussière des chemins. Elle écrit pour écouter ces voix, pour les rassembler, pour leur offrir un lieu où respirer.
Dans Âmes suspendues, Vert cru, Le Feu du milieu, elle ouvre des passages. Ses livres ne se lisent pas : ils se traversent. Ils appellent, ils invoquent, ils veillent. Ils disent les femmes qui portent le monde, les blessures qui refusent de se taire, les héritages qui brûlent encore sous la cendre. Sa langue est une matière vivante, une eau sombre et lumineuse à la fois, où se mêlent l’histoire, la spiritualité, la mémoire et l’invisible.
Chroniqueuse littéraire — notamment dans Les Lectures de Gangoueus — elle parle des livres comme on murmure une prière ou comme on déplie un secret. Sa voix reconnaît les tremblements, les failles, les élans. Elle sait entendre ce qui, dans un texte, cherche à naître ou à survivre.
Installée aujourd’hui dans le Val-d’Oise, elle poursuit une recherche sur les transmissions orales à l’ère numérique, comme si son œuvre entière cherchait à répondre à une même question : comment les voix anciennes continuent-elles de nous traverser, malgré les ruptures, malgré les silences, malgré le temps.
Touhfat Mouhtare écrit pour que la mémoire ne s’éteigne pas. Elle écrit pour que le feu tienne. Elle écrit pour que les vivants se souviennent qu’ils ne sont jamais seuls.