Stève Wilifrid Mounguengui quitte le Gabon et arrive en France à l’âge de 25 ans pour faire des études de philosophie. Avant de partir, il dit à sa mère qu’un seul mot d’elle pourrait le faire rester au Gabon, mais elle insiste : » Pars mon enfant, pars aussi loin que possible. Reste là-bas, l’essentiel est de réussir à vivre. Peu importe l’endroit où tu vis… Promets-moi que tu ne reviendras pas.
Promets-moi. Quand tu pleureras de France je t’entendrai. » Il ne la reverra jamais, morte au pays avant qu’il ne puisse y revenir. A défaut de pouvoir enterrer sa mère, le poète lui construit un tombeau de mots. Depuis toujours, Stève Wilifrid Mounguengui rêvait de la France, découverte à travers ses lectures innombrables, comme celles de Marcel Pagnol dont les paysages lui rappelaient ceux de Mouila, sa ville natale.
» Lui aussi chassait comme moi, lui aussi avait un père bon instituteur et piètre chasseur du dimanche. Lui aussi habitait le château de sa mère. » D’une vaste écriture poétique, il parle de son arrivée en banlieue parisienne, de la façon dont il écrit, le matin à l’aube, dans le RER, lorsqu’il se rend au travail. Il raconte, comme un paradis perdu mais toujours enchanteur, son enfance au Gabon auprès de ses parents et de ses frères et soeurs, l’enfant des champs, l’étendue des plaines en lui, le chant des oiseaux, la lueur des lucioles…
autant de tableaux somptueux d’une enfance simple auprès d’une mère courage, personnage charismatique et généreux, qui s’oublie pour faire le bien autour d’elle.
ZACHARIE ACAFOU :
Zacharie Acafou est un enseignant, journaliste et critique littéraire ivoirien, dont la plume et la parole font vibrer les textes qu’il explore. Observateur attentif de la scène littéraire africaine francophone, il s’attache à révéler les dynamiques narratives, les enjeux mémoriels et les voix émergentes qui traversent les littératures du Sud. Dans l’émission Les Lectures de Gangoueus, il intervient avec rigueur et finesse, apportant un regard éclairé sur les œuvres discutées. Ses chroniques sont marquées par une grande exigence intellectuelle, mais aussi par une sensibilité à la langue, aux silences et aux non-dits des récits. Il aime interroger les textes dans leur rapport au réel, à l’histoire, et à la condition humaine. Dans une interview audio avec Gangoueus, il revient sur son parcours de lecteur adolescent, son entrée dans le journalisme culturel, et son engagement critique envers les littératures africaines. Il anime également certaines rencontres littéraires sur Sud Plateau TV, comme la discussion entre Christian Eboule et Solo Niaré, lors de La Journée RIVE NOIRE LITTERATURE où il fait dialoguer les mémoires coloniales et les imaginaires contemporains avec subtilité. Un chroniqueur exigeant, une voix posée, et un regard qui sait lire entre les lignes.