NOTE DE LECTURE – « En compagnie des hommes » de VERONIQUE TADJO (Par Touhfat Mouhtare)

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RÉSUMÉ 

VERONIQUE TADJO

Surgi au coeur de l’Afrique, Ebola a mis les hommes et le monde face au danger de l’extinction. Dans le silence après la tourmente, trois voix s’élèvent : Baobab, confident et mémoire essentielle des êtres, Ebola, qui n’est pas le mal mais un organisme luttant pour sa survie, et Chauve-souris, porteur sain du virus et initiatrice du dialogue. Témoins ou acteurs de la tragédie, ils devisent sur la place de l’Homme, son rôle et ses responsabilités à l’égard du Monde dont il est le gardien. Sur le prix de sa vie aussi. Le palabre est ouvert….
Baobab, arbre-premier, arbre éternel, arbre symbole. Ses racines plongent loin au coeur du monde, pour le protéger de la fureur du soleil et des intempéries. Il va chercher la lumière douce, porteuse de vie, afin qu’elle éclaire l’humanité, illumine la pénombre et apaise les coeurs. Par la voix de l’arbre s’expriment tous ceux qui ont lutté contre les ravages d’Ebola. Hommes, femmes, enfants pris dans la tourmente mais combattants farouches pour la survie des autres et pour leur propre survie : le docteur en combinaison d’astronaute qui, jour après jour, soignait les malades sous une tente ; l’infirmière sage-femme dont les gestes et l’attention ramenaient un peu d’humanité, les creuseurs de tombes qui, face à l’hécatombe, enterraient les corps dans le sol rouge ; les villageois renonçant à leurs coutumes ancestrales pour ne pas favoriser la propagation de l’épidémie…



 TOUHFAT MOUHTARE  :

Touhfat Mouhtare est de celles dont la parole semble naître avant même d’être écrite, comme un souffle ancien revenu des profondeurs de l’océan Indien. Née à Moroni, en 1986, elle porte en elle l’archipel comme une constellation intime : des îles qui parlent, des mémoires qui bruissent, des mythes qui marchent encore dans la poussière des chemins. Elle écrit pour écouter ces voix, pour les rassembler, pour leur offrir un lieu où respirer.

Dans Âmes suspendues, Vert cru, Le Feu du milieu, elle ouvre des passages. Ses livres ne se lisent pas : ils se traversent. Ils appellent, ils invoquent, ils veillent. Ils disent les femmes qui portent le monde, les blessures qui refusent de se taire, les héritages qui brûlent encore sous la cendre. Sa langue est une matière vivante, une eau sombre et lumineuse à la fois, où se mêlent l’histoire, la spiritualité, la mémoire et l’invisible.

Chroniqueuse littéraire — notamment dans Les Lectures de Gangoueus — elle parle des livres comme on murmure une prière ou comme on déplie un secret. Sa voix reconnaît les tremblements, les failles, les élans. Elle sait entendre ce qui, dans un texte, cherche à naître ou à survivre.

Installée aujourd’hui dans le Val-d’Oise, elle poursuit une recherche sur les transmissions orales à l’ère numérique, comme si son œuvre entière cherchait à répondre à une même question : comment les voix anciennes continuent-elles de nous traverser, malgré les ruptures, malgré les silences, malgré le temps.

Touhfat Mouhtare écrit pour que la mémoire ne s’éteigne pas. Elle écrit pour que le feu tienne. Elle écrit pour que les vivants se souviennent qu’ils ne sont jamais seuls.


 

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