NOTE DE LECTURE – « Un Dieu et des Moeurs » de ELGAS (Par Cédric Moussavou)

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 RÉSUMÉ  :
Un dieu et des moeurs par Elgas
« On ne soupçonne que très peu la providence qu’assure la misère. » C’est par cette terrible ouverture qu’on entre dans ces carnets de voyage atypiques. L’auteur dépeint ses retrouvailles avec le Sénégal après une longue absence. Déceptions, douleurs, colères et sensibilité, rythment les pages. Il décrit un pays meurtri selon lui par l’immobilisme et la complaisance, entretenus par deux piliers: la tradition et la religion. Son regard aiguisé par le recul, débusque et interroge les maux de son pays : les vies écourtées par la mort gratuite, l excision, le fatalisme, le fanatisme mou, l’homophobie, les lévirats… Le livre analyse plus particulièrement la douloureuse question de la traite des enfants talibés, ravage symptomatique des dérives du fait religieux. Il chante l’Islam chaleureux et bienveillant de son enfance, mais regrette et accable ses fossoyeurs. Voici donc un récit original : 15 nuits, 15 portraits, et un réquisitoire à travers lesquels l’auteur ausculte sans concessions les tabous et les problèmes lourds de la société sénégalaise. Et il accuse. Ecrit dans un style cru, ironique et féroce, Un Dieu et des Moeurs est un livre extrêmement courageux et sensible, un livre qui tend un miroir à un pays et à un continent, le Sénégal et l’Afrique. Les reflets ne sont pas toujours agréables. Ils appellent une prise de conscience. Ce qui fait de ce livre un rappel urgent.


 CEDRIC MOUSSAVOU  :
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est C%C3%A9dric-M.-01.gif.Cédric Moussavou appartient à cette famille rare de lecteurs pour qui la littérature n’est pas un simple territoire d’évasion, mais une manière d’habiter le monde. Chez lui, le livre n’est jamais un objet : c’est une présence, une conversation, parfois un combat. Lecteur insatiable — ainsi que le présente l’émission Les Lectures de Gangoueus où il intervient régulièrement — il avance dans les textes comme on avance dans une forêt dense, avec la patience de celui qui sait que chaque page peut ouvrir un sentier inattendu.
Son regard, précis et généreux, s’attarde volontiers sur les littératures africaines et diasporiques, dont il explore les voix, les fractures, les élans. Il lit pour comprendre, mais aussi pour relier : relier les œuvres entre elles, relier les auteurs à leurs héritages, relier les lecteurs à des imaginaires parfois tenus à distance. Dans ses chroniques, Cédric Moussavou ne cherche pas l’effet, encore moins la posture. Il cherche la justesse. Il parle des livres comme on parle d’un ami rencontré au détour d’un voyage : avec respect, avec curiosité, avec cette manière singulière de faire sentir que la littérature, lorsqu’elle est prise au sérieux, peut encore déplacer quelque chose en nous. Ainsi s’est-il imposé, discrètement mais sûrement, comme l’une des voix sensibles de la médiation littéraire francophone contemporaine — une voix qui lit pour éclairer, et éclaire parce qu’elle lit.

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